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Après le mouvement « Who made my clothes ? »

« #WhoMadeMyClothes » : cette campagne,  en 7 ans, a lancé une véritable « Fashion Revolution ». Après l’effondrement du Rana Plaza, ce mouvement a tenté de faire prendre conscience aux consommateurs de l’impact de la fast fashion et de la consommation de masse sur le monde. Que ce soit au niveau environnemental, social ou économique, nous avons tous bien plus conscience aujourd’hui des impacts de l’industrie vestimentaire. Mais sommes-nous prêts à nous poser cette question essentielle à chaque fois que nous achetons un nouveau vêtement : « who made my clothes » (qui fabrique mes vêtements) ? 

Une campagne comme outil du changement : 

Effondrement du Rana Plaza, 2013

Avril 2013, Bangladesh : le Rana Plaza s’effondre, 1.138 ouvriers textile y perdent la vie, 2.500 sont blessés. Ce drame résonne alors comme une sonnette d’alarme : on réalise que le capitalisme et l’industrie textile profitent d’ouvriers pauvres, très peu payés et avec des conditions de travail intolérables. Ce drame est un déclic pour beaucoup, notamment pour Orsola de Castro et Carry Somers, deux britanniques qui s’associent pour lancer le mouvement « Who made my clothes ».

Ces deux pionnières de la mode responsable et éthique créent ce mouvement pour encourager une mode plus responsable, mais surtout plus transparente, en alliant toute la chaîne de l’industrie du textile : le designer, le producteur, le distributeur et le consommateur. Leur objectif est de faire réaliser aux consommateurs que l’achat en masse de vêtements n’est pas sans conséquences.

Le manifeste du mouvement : 

Il y a dix points qui ressortent dans le mouvement Who Made My Clothes : 

  • Fournir un travail décent de la conception à la production
  • Fournir un salaire juste, honnête et surtout équitable
  • Donner une voix aux gens
  • Respecter la culture et l’héritage
  • Faire de la mode un symbole de solidarité, démocratie et diversité
  • Ne pas dégrader l’environnement
  • Ne pas détruire ou jeter sans nécessité absolue
  • Être transparent et responsable
  • Mesurer le succès d’une marque ou d’un vêtement par autre chose que le profit et la vente
  • Que la mode soit là pour s’exprimer, refléter, protester, partager…

Les représentations du mouvement : 

Au fil des années, le mouvement s’est non seulement développé mais aussi exprimé de différentes manières. Tout d’abord, il a pris place dans des forums, comme le Social Enterprise Saturday en Angleterre, par le biais d’ateliers de fabrication. L’objectif était d’encourager le public à découvrir des entreprises sociales et éthiques qui existaient déjà dans le pays. Puis, le mouvement a pris de l’ampleur : les réseaux sociaux ont joué un grand rôle, notamment avec le partage du hashtag #WhoMadeMyClothes sur Twitter, Instagram ou Facebook. Cela a donné plus de visibilité au mouvement et a permis de multiplier les évènements. 

C’est donc nous, consommateurs, qui avons une grande marge d’action dans ce mouvement, par ces réseaux sociaux : la campagne encourage chacun à poser la question aux entreprises, par mail, ou par les réseaux : on voit de plus en plus de personnes qui se photographient avec l’étiquette de leur vêtement ou simplement avec une pancarte « Who Made My Clothes ».

Aujourd’hui, le mouvement est représenté dans plus de 100 pays, et en 2017 on comptait plus de 2 millions de personnes engagées dans le mouvement via les réseaux sociaux, le site internet de la campagne ou via leur participation aux évènements. Sur Instagram, le hashtag #WhoMadeMyClothes compte plus de 670.000 posts ! 

Source : le site Fashion Revolution

Une résonnance particulière encore aujourd’hui ?

Même si le drame du Rana Plaza a eu lieu il y a 7 ans, il est encore bien frais dans l’esprit des gens. Mais aujourd’hui, ce n’est plus le seul qui vient en tête quand on parle de l’industrie textile.

Malgré les efforts d’associations pour résoudre les effets néfastes de la fast fashion, on compte encore énormément de scandales dans le monde du textile. Travail de mineurs, exploitation de travailleurs pour des salaires minimums ne suffisant pas pour vivre, pression psychologique, esclavagisme et toujours l’insécurité des lieux de travail : la liste n’en finit pas. 

Ajoutons à cela l’impact majeur sur la pollution : l’industrie du textile est l’une des plus polluantes au monde. L’utilisation de produits chimiques est importante, tout comme leur rejet notamment dans les fleuves asiatiques : non seulement les ouvriers sont mis en danger par la manipulation de ces produits, mais les personnes vivant au bord de ces fleuves aussi et le consommateur peut en souffrir également. 

Le scandale ouïghour :

Récemment, un tout nouveau scandale est né : le travail forcé de la population ouïghours en Chine dans les industries textiles. Cette population musulmane connait une répression de masse depuis plusieurs années en Chine, et cette répression passerait notamment par du travail forcé. Une coalition de 180 groupes et associations de défense des droits humains a publié une lettre contenant 38 noms d’entreprises qui d’après leur enquête, commercialise des vêtements faits par le travail forcé des ouighours.

En effet, il faut savoir que la Chine est le premier fournisseur de textile en coton dans le monde, et plus de 80% de cette production est faite dans la région de Xinjiang, région où la majorité des ouïghours vivent. D’après les recherches de ces associations, le gouvernement chinois aurait rassemblé plus d’un million de musulmans Ouïghours et turcs dans des camps de travail forcés semblables à des prisons. Parmi les entreprises citées, on trouve Nike, Abercrombie & Fitch ou encore Zara.

Cette lettre prouve non seulement qu’il n’y a toujours pas de transparence sur la provenance et la production de leurs vêtements, mais également que ces marques laissent faire ou ne sont pas au courant des conditions de production. Depuis la publication, beaucoup se défendent ou déclarent regarder la question de plus près afin de trouver des solutions. Mais, certains militants eux ne veulent pas attendre : on a vu par exemple dans des magasins Zara de Paris, des notes recouvrir les étiquettes des vêtements disant « Ce produit a été conçu par des esclaves ouïghours. Acheter c’est être complice du génocide. »

Même si le mouvement « Who Made My Clothes » n’est pas à l’origine de tout ça, ce scandale fait bien parti de la même problématique, et montre que malgré tous les efforts faits, on est encore loin d’avoir une transparence réelle et une production 100% éthique et écologique de nos vêtements. C’est donc à chacun d’être vigilant, en prenant le temps de lire les étiquettes et de s’informer avant d’acheter. Devenons acteurs et posons-nous les bonnes questions !

Et vous, “who made your clothes” ? 

Lise Hirtz

Responsable communication chez Novacteur

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